Vidéos Futur.e.s
< Toutes les vidéos
10 mars 2022

N°6 – Laurent Berger : #MonPays, « Une organisation syndicale ne doit pas être figée, elle doit être agile et écouter ce que sont les évolutions du monde du travail »

Dans cette première séquence de l’émission, notre invité Laurent Berger aborde en toute transparence le futur du syndicalisme et son rôle majeur dans la construction d’une France apaisée. Une construction qui passera selon lui par la prise en compte de toutes les formes de diversités car une « France apaisée, c’est une France qui reconnaît ses intérêts contradictoires [sur de grands sujets de société et pas uniquement lié au monde du travail] et qui les fait se confronter pacifiquement pour en tirer des solutions sur le long terme ».

Le syndicalisme selon Laurent Berger, c’est avant tout une organisation qui se doit d’être agile et anticipe les bouleversements à venir (parfois même en devançant les aspirations des Français) mais avec toujours pour « seule et unique boussole l’intérêt des travailleurs indépendants ou salariés ». Transition écologique, mix énergétique, représentation des travailleurs indépendants, impact du numérique, essor des nouveaux modes de travail, sobriété de la consommation, ou encore salaire minimum européen, pour Laurent Berger, les organisations syndicales se doivent d’être sur tous les fronts et participer activement à la recherche immédiate de solutions pour répondre aux enjeux de demain.

Un rôle important à jouer par les organisations syndicales que 4 Français sur 10 souhaitent voir se développer davantage dans les prochaines années (étude exclusive BVA pour FUTUR·E·S).

Un souhait qui pourtant se confronte à la réalité du syndicalisme en France. Ainsi selon la DARES, en 2019, seulement 10,3% des salariés déclaraient adhérer à un syndicat, soit deux fois moins qu’il y a 50 ans, un chiffre qui descend à 7,8% dans le privé[i]. A l’échelle européenne, la France est l’un des pays les moins syndiqués (11%) alors que la moyenne du taux de syndicalisation en Europe est de 23% (avec des pays comme la Finlande où ce taux monte à 74%).

Pour notre invité, ce faible taux de syndicalisation s’explique pour de nombreuses raisons qui tient à la fois de l’image véhiculé du syndicaliste, principalement par les médias, qui accentuent les clichés au lieu de communiquer sur le rôle et les batailles gagnées par les organisations. Mais il est aussi dû au trop grand nombre d’organisations syndicales : « le syndicalisme français souffre de ses divisions […] ça donne une dispersion et le sentiment de quelque chose d’assez diffus dont on ne voit pas l’intérêt. » Laurent Berger alerte également sur les différences de modèles de syndicalisme en Europe, entre des pays nordiques comme la Finlande où les travailleurs doivent adhérer à une organisation syndicale pour prétendre aux avancées salariales négociées par l’organisation et les modèles universalistes comme le modèle Français où les négociations bénéficient à l’ensemble des travailleurs qu’ils soient syndiqués ou non.

Malgré ces différences de modèle, Laurent Berger, également Président de la Confédération des Syndicats en Europe, croit fermement à cette possibilité de faire converger les luttes en Europe. Sur la question du SMIC Européen par exemple qui est remis sur la table des négociations au moment de la présidence française de l’UE et alors que 21 pays sur 27 ont déjà fixé par la loi une rémunération minimale (au montant variable d’un pays à l’autre), Laurent Berger appelle de ses vœux à la mise en place de règles communes pour lutter contre la paupérisation des travailleurs et le dumping social intra-européen.

« Vous savez ce qui est important en Europe, c’est la convergence, l’harmonisation est infaisable ! Je me bats là-dessus, pas simplement pour les salariés Français. Je me bats parce qu’on ne va pas pouvoir accepter de se construire un destin commun au niveau européen et d’accepter dans le même temps que des travailleurs se paupérisent par millions en Europe de l’Est, parfois en travaillant chez des sous-traitants d’industries que les pays les plus favorisés utilisent. »


[i] Source : DARES / Ministère du Travail