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28 janvier 2022

N°3 – Jacques Attali et Julie Martinez : #MonPays : Créer les conditions de penser long collectivement

Dans cette première séquence de notre émission FUTUR•E•S intitulée #MonPays, Jacques Attali et Julie Martinez font le constat amer d’une nation qui n’arrive plus à se projeter dans le temps long et de l’extrême urgence pour chaque citoyen de s’impliquer dès aujourd’hui pour préparer l’avenir et renouer la France avec le succès.

Mais quel est l’avis des Français sur la question ? Y a-t-il urgence pour eux à se saisir des enjeux qui se poseront à la France dans 5, 10, 15 ans ? BVA a posé la question aux Français et la réponse est partagée. 43% des Français estiment en effet que ces grands enjeux qui se poseront à la France dans les prochaines années sont importants mais pas prioritaires.

« La grande difficulté d’aujourd’hui c’est de faire comprendre que ce qui doit être décidé aujourd’hui doit être dans l’intérêt de l’avenir. La situation est extrêmement grave pour la France […] La France, collectivement, est […] une nation en voie de prolétarisation et qui vit dans l’urgence. Nous achetons à crédit ce que nous ne produisons pas et pourquoi on ne le voit pas ? On ne le voit pas puisque nous sommes des passagers clandestins de la croissance, passagers clandestins de notre passé. Nous sommes une nation qui a été très riche. Donc nous pensons encore pouvoir vivre collectivement sur des richesses passées. » 

Jacques Attali

Alors comment concilier le réel d’aujourd’hui et les enjeux de demain ? Quelles institutions nouvelles devons-nous imaginer, construire pour mieux penser demain ?

« [Nous avons proposé] la création d’une instance qui soit un substitut au Conseil économique et social, qui soit le représentant des générations futures et qui donne son avis au nom des générations futures. […] Je rêve que cela soit inscrit dans la Constitution qu’aucune décision ne peut être prise si elle peut être considérée comme contraire à l’intérêt des générations futures » 

Jacques Attali.

Dans cette séquence, nos invités développent également le concept d’économie de la vie et propose de réorienter les investissements actuels et les dépenses publiques ainsi que la mise en place d’une fiscalité de la vie plus vertueuse, mieux expliquée et plus acceptable pour le contribuable.

« L’économie de la vie s’oppose à l’économie de la mort qui [correspond aux] secteurs qui nous détruisent, tout ce qui est lié à l’énergie fossile, tout ce qui est lié aux autres poisons, en particulier les sucres artificiels. Et quand on regarde tous les secteurs d’économie de la mort, c’est 60% du PIB. Ce que nous proposons ici, c’est de tout réorienter vers l’économie de la vie, donner davantage de moyens à la santé, au digital, à l’éducation, à la culture, à la démocratie, aux énergies durables, à la finance durable, à l’assurance durable, à la créativité, qui représentent aujourd’hui 40% du PIB. » 

Jacques Attali

« L’idée est de flécher les investissements durables et de vraiment repenser la façon d’investir nos dépenses publiques. » 

Julie Martinez

Reprendre son destin en main c’est réalisable à l’échelle individuelle mais aussi et surtout collective tant au niveau national (comme on vient de le voir) qu’international. La France a également sa place à prendre sur la scène mondiale sur des sujets comme le numérique en veillant à développer une stratégie de défense et industrielle dans ce domaine dans un contexte où le coût de la cybercriminalité a augmenté de 50 en deux ans (1000 milliards de dollars soit 1% du PIB mondial) et qu’une entreprise sur 5 en France a déjà été victime de ransomware (pirate de données).

« On propose de créer une quatrième armée du numérique qui ait les moyens technologiques de pouvoir répliquer et se défendre dans le cyberespace. Ce sont des moyens qui qui vont devoir être conséquents parce que ça demande à la France d’être à la pointe des nouvelles technologies pour faire barrière face à ces attaques qui sont de plus en plus nombreuses […]. Il faut avoir une stratégie militaire à ce sujet » 

Julie Martinez

« Le fait d’avoir une armée du numérique serait un formidable appui pour le développement d’une stratégie industrielle dans ce domaine. Toute l’expérience historique a montré, qu’on le veuille ou non, l’armée est l’avant garde du développement industriel […]. Et d’ailleurs, ça marche. L’histoire a montré que c’est par la guerre que les Etats-Unis sont sortis de la crise de 29. » 

Jacques Attali