INTENTIONS DE VOTE vague 8 – 04/03/2022

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Election Présidentielle 2022

Une semaine après le début de l’offensive russe en Ukraine, BVA, en partenariat avec Orange et RTL, a réalisé sa 8ème vague d’enquête pré-électorale. Cette vague permet de mesurer les conséquences de l’actualité internationale sur la campagne française, avec un peu de recul bien que les événements restent très frais. L’enseignement majeur de ce sondage est la forte hausse du président de la République dans les intentions de vote, le réflexe légitimiste semblant fonctionner à plein.

Porté par la crise ukrainienne, Emmanuel Macron progresse

  • C’est le principal enseignement de notre enquête : le Président sortant, déjà largement en tête des intentions de vote depuis plusieurs mois (en tout cas depuis la mise en place de notre baromètre pré-électoral en octobre dernier), bondit de 5 points depuis notre précédente enquête il y a 15 jours. Il est désormais crédité de 29% des suffrages au premier tour.
  • Emmanuel Macron progresse dans toutes les catégories de l’électorat en termes d’âge et s’impose dans toutes les tranches d’âge en tête des intentions de vote. Fait marquant : il surpasse même désormais Marine Le Pen chez les 25-34 ans et les 35-49 ans. Il confirme également son statut de favori chez les plus jeunes électeurs (31% d’intentions de vote chez les 18-24 ans) ainsi que chez les plus âgés, y compris les plus de 75 ans qui le préfèrent désormais à Valérie Pécresse.
  • En termes de sensibilité politique, il n’y a guère que chez les sympathisants de LFI et du RN que le Président sortant ne progresse pas. Les sympathisants du parti présidentiel font évidemment bloc derrière lui (97% d’intentions de vote, +4 pts). Il progresse très légèrement chez les sympathisants LR (16% d’intentions de vote, +3 pts) et de façon plus significative chez les sympathisants EELV (20%, +13 pts) et PS (34%, + 9 pts). Il récupère 80% de son socle électoral du premier tour de 2017 (+10 pts en 15 jours) et bénéficie en outre toujours de 14% des électeurs de Benoît Hamon et près du quart des électeurs de François Fillon (23%).
  • En revanche, en dépit de cette évolution, il reste derrière Marine Le Pen chez les plus précaires et les moins diplômés.

Un statut qui favorise les intentions de vote

  • Notons enfin que l’intention de voter pour le Président sortant s’affermit et reste la plus solide : 80% des électeurs déclarant une intention de vote en sa faveur se disent sûrs de leur choix (+4 pts en 15 jours). C’est un phénomène que l’on observe toutefois également pour Marine Le Pen et surtout Eric Zemmour. Les choix commencent à se cristalliser à moins de 40 jours du premier tour.
  • En tout état de cause, Emmanuel Macron bénéficie très clairement de la séquence et capitalise sur son triple statut de chef de l’Etat, protecteur des Français et de leurs valeurs, chef des Armées et chef de la diplomatie. Le réflexe légitimiste semble fonctionner à plein dans un contexte où il incarne la continuité et celui qui maîtrise le dossier. Ajoutons à cela que ses positions pro-européennes le distinguent de certains autres candidats qui peuvent au contraire pâtir de la séquence.

Marine Le Pen, en perte de vitesse, devance toujours la droite

  • La candidate du Rassemblement national semble pâtir quelque peu de ses positions ambiguës vis-à-vis de la Russie et en particulier de son dirigeant. Elle perd 1,5 points pour s’établir à 16% des intentions de vote. Elle devance toutefois toujours d’une courte tête Eric Zemmour qui enregistre une baisse similaire. Celui qui déclarait dans un entretien à L’Opinion en 2018 « Je rêve d’un Poutine français » est crédité de 13% des intentions de vote (-1,5 pts). Il fait désormais jeu égal avec la candidate Les Républicains : créditée de 13% des suffrages (-0,5 pt). Valérie Pécresse ne semble pas pour le moment réussir à tirer son épingle du jeu malgré ses attaques à l’encontre des « candidats pro-russes ».
  • Compte-tenu des marges d’erreur, ces trois candidats sont en réalité dans un mouchoir de poche dans la bataille pour la deuxième place. Eric Zemmour voit toutefois son socle électoral se solidifier : 75% des électeurs ayant l’intention de vote pour lui se déclarent sûrs de leur choix (+9 pts en 15 jours). Celui de Marine Le Pen s’affermit aussi, dans une moindre mesure (76%, + 3 pts). A l’inverse, celui de Valérie Pécresse reste moins solide et semble même se fragiliser encore (65%, -4 pts).
  • En termes de sensibilité politique, les choses sont assez stables : Eric Zemmour capte toujours environ un quart de l’électorat de Marine Le Pen de 2017 et environ un quart de l’électorat de François Fillon (21%, -5 pts toutefois). Valérie Pécresse, pour sa part, ne parvient désormais plus qu’à convaincre moins d’un électeur de François Fillon sur deux (47%, -3 pts).

A gauche, seul Jean-Luc Mélenchon se distingue

  • Le leader de la France Insoumise est crédité de 11,5% des intentions de vote, en hausse d’1 point par rapport à notre dernière vague il y a 15 jours. Difficile d’établir ici clairement l’origine de cette progression : Jean-Luc Mélenchon semble toujours porté par sa dynamique à l’œuvre depuis quelques semaines, alors qu’il s’impose pour certains comme la seule candidature possible à gauche. Mais il est encore difficile de mesurer l’impact éventuel de ses positions sur la Russie et sa volte-face récente, deux dynamiques contraires semblant à l’œuvre. D’ailleurs, il est à noter que son socle électoral semble se fragiliser : 65% seulement des électeurs déclarant une intention de vote en sa faveur se déclarent sûrs de leur choix contre 78% il y a 15 jours.
  • Difficile également d’anticiper les conséquences (sans doute limitées) du retrait de la candidature de Christiane Taubira, intervenue pendant la réalisation de notre enquête. Créditée de 1,5% des intentions de vote, on peut faire l’hypothèse que ses électeurs potentiels se répartiront entre Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo et Yannick Jadot, même si certains seront peut-être tentés par l’abstention. Pour l’heure, le candidat EELV est le seul à gauche, avec Jean-Luc Mélenchon, à dépasser la barre des 5%. Il est crédité de 5,5% des intentions de vote (+ 1 pt).
  • Fabien Roussel voit sa dynamique enrayée, sans doute en raison également de ses positions ambiguës à l’égard de la Russie : crédité de 3,5% des suffrages, il perd 1 point par rapport à notre dernière vague. Il devance toutefois la candidate du Parti socialiste (2%, stable).
  • Au final, la gauche cumulée recueille 25% des suffrages seulement, contre 27% il y a 15 jours. Une partie de ces voix ont basculé chez Emmanuel Macron à la faveur de la crise ukrainienne.

La crise ukrainienne ne semble avoir pour l’heure aucun impact sur l’intérêt pour la campagne ni sur l’intention de participation

  • L’offensive russe en Ukraine a relégué une campagne déjà laborieuse au second plan. Cet état de fait pourrait avoir pour conséquence d’affaiblir l’intérêt – déjà moins élevé qu’en 2017 – des Français pour l’élection présidentielle et entraver aussi leur envie de voter. Voilà pour l’hypothèse pessimiste.
  • L’hypothèse plus optimiste ferait le pari d’une prise de conscience des Français, portée par l’actualité internationale, de l’intérêt de voter – et surtout de bien voter – pour choisir ses dirigeants. Et donc d’un impact positif des événements tant sur l’intérêt pour la campagne que sur l’intention de participation.
  • Pour l’heure, c’est le statu quo qui domine. L’intérêt pour l’élection présidentielle reste stable : 70% des Français inscrits sur les listes électorales s’y intéressent (+1 pt) dont 35% « beaucoup » (stable). L’intention de participer reste stable aussi, à 72%, comme la dernière vague, même si l’intention « certaine » (note 10 sur une échelle de 0 à 10) s’intensifie un peu (61% contre 58% il y a deux semaines).
  • Logiquement, à mesure que l’on se rapproche du scrutin, la connaissance de la date du 1er tour progresse : 36% des Français inscrits sur les listes électorales sont en mesure de citer spontanément la date du 10 avril (+6 pts en deux semaines et +10 pts en un mois). Ce sont désormais moins d’un inscrit sur deux (46%, -7 pts en deux semaines) qui restituent une date erronée ou ne savent pas quand aura lieu le scrutin. Cette proportion reste toutefois élevée.
  • Enfin, notre indice de volatilité reste élevé bien qu’à la baisse : 41% du corps électoral prévoyant de voter au 1er tour de la présidentielle n’exprime actuellement pas d’intention de vote ou peut encore changer d’avis (-3 pts par rapport à la mi-février). C’est proche de ce que l’on mesurait à la même échéance du scrutin en 2017.

Des préoccupations toujours très « nationales » même si la question nucléaire et l’Europe progressent

Notons pour terminer que la guerre en Ukraine n’est pas venue pour l’instant bouleverser la hiérarchie des préoccupations des Français et des sujets qui pèseront sur leur vote. Le trio de tête reste occupé par la santé, le pouvoir d’achat et la sécurité, ex-aequo avec les retraites. La place du nucléaire en revanche progresse assez nettement : ce sujet comptera « beaucoup » pour 36% des électeurs soit une hausse de 8 points en 15 jours. L’Europe progresse nettement également : ce sujet comptera « beaucoup » pour 33% des électeurs, soit une hausse de 9 points. Ces deux sujets ferment toutefois toujours la marche des préoccupations.

A très vite pour notre prochaine vague d’intentions de vote !

ADÉLAÏDE ZULFIKARPASIC
ADÉLAÏDE ZULFIKARPASIC

Directrice BVA Opinion

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