INTENTIONS DE VOTE vague 14 – 15/04/2022

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Election Présidentielle 2022

Notre première vague d’intentions de vote post-1er tour permet de faire le point sur les dynamiques à l’œuvre. Comment les électeurs des candidats non qualifiés, et notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon, se positionnent-ils dans la perspective du second tour ? Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, quel est le candidat le mieux placé pour le moment pour remporter l’élection présidentielle ? Découvrez les principaux résultats de notre 14ème vague d’enquêtes pré-électorales en partenariat avec Orange et RTL.

emmanuel macron : en position plutôt avantageuse pour le second tour

  • Si le second tour avait lieu dimanche prochain, Emmanuel Macron l’emporterait avec 54% des suffrages, contre 46% pour Marine Le Pen. Un rapport de force plutôt favorable au Président, avec un écart qui se situe en dehors des marges d’erreur. Mais il est nettement plus serré qu’il y a 5 ans, où il avait obtenu 66% des suffrages. Si le Président apparaît donc en position plus confortable que la candidate du Rassemblement national, les jeux semblent plus ouverts qu’en 2017.
Intentions de vote 2e tour - Présidentielle 2022 - 15 avril 2022 - BVA RTL Orange

reports de voix : avantage emmanuel macron

  • L’avance d’Emmanuel Macron s’explique notamment par des reports de voix en sa faveur plus favorables que pour Marine Le Pen. Notons qu’une partie non négligeable d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Valérie Pécresse envisagent de s’abstenir ou de voter blanc.
  • A l’heure actuelle, une majorité d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon refuse de faire un choix et pense soit s’abstenir (30%), soit voter blanc (22%). Mais, quand ils vont voter, ils sont nettement plus nombreux à envisager de voter pour Emmanuel Macron (30%) que pour Marine Le Pen (18%).
  • Emmanuel Macron bénéficie également de reports de voix favorables de la part des électeurs de Yannick Jadot (46% contre 14% pour Marine Le Pen et 40% qui s’abstiendraient ou voteraient blanc) mais aussi, même s’ils sont moins nombreux, d’Anne Hidalgo et de Fabien Roussel. Il pourrait aussi compter sur 39% des électeurs de Valérie Pécresse, qui privilégient pour le moment le Président à Marine Le Pen (17%) mais sont néanmoins nombreux à envisager de voter blanc ou s’abstenir (44%).
  • De son côté, Marine Le Pen bénéficie de bons reports de la part des électeurs d’Éric Zemmour (79%) et, dans une moindre mesure, de Nicolas Dupont-Aignan (61%). Mais elle ne parvient pas pour le moment à convaincre davantage d’électeurs de Valérie Pécresse et Jean-Luc Mélenchon de se reporter sur elle. Voilà qui explique qu’elle soit à ce stade distancée par le Président dans les intentions de vote.
Reports de voix 2e tour - Election présidentielle 2022 - BVA RTL Orange - 15 avril

intentions de vote : des profils très différents

  • Dans le détail, on constate toujours de très nettes différences d’intentions de vote selon le profil des répondants, à la fois en termes d’âge, de catégorie socio-professionnelle et de zone de résidence.
  • Si les jeunes s’interrogent sur leur participation au scrutin, ceux qui ont l’intention de voter se portent un peu plus sur Marine Le Pen (51% des moins de 35 ans). Les plus âgés apporteraient largement leurs suffrages au Président sortant (68% des 65 ans et plus).
  • Les employés et ouvriers seraient une nette majorité à voter pour Marine Le Pen (67%), tandis que les cadres et indépendants voteraient très largement pour Emmanuel Macron (68%).
  • Les personnes vivant en zone rurale voteraient également majoritairement pour Marine Le Pen (57%), tandis que les habitants des grandes agglomérations (59%) et plus encore de l’agglomération parisienne (70%) voteraient pour Emmanuel Macron.

marine le pen : une image qui s’améliore

  • Marine Le Pen n’apparaît pas pour le moment en mesure de remporter l’élection présidentielle. Elle peut néanmoins s’appuyer sur une image plus positive dans l’opinion qu’il y a quelques années.
  • 42% des Français la jugent sympathique, contre 33% au lendemain du 1er tour en 2017 (+9 en cinq ans). Une proportion similaire considère également qu’elle défend bien leur valeurs (40% ; +4 par rapport à 2017), qu’elle apporte des réponses à leurs préoccupations (39% ; +3) et qu’elle est proche « des gens comme eux » (39% ; +6). Sur tous ces sujets, elle est jugée plus positivement qu’Emmanuel Macron, qui souffre d’un net déficit de proximité dans l’opinion publique. Seuls 24% des Français considèrent ainsi qu’il est proche d’eux et 29% qu’il répond à leurs préoccupations, soit un différentiel de 15 et 10 points, à la faveur de la candidate RN.
Traits d'image comparés Emmanuel Macron Marine Le Pen - 15 avril 2022 - Election présidentielle - BVA RTL Orange
  • Marine Le Pen est également perçue comme plus « rassembleuse » que le Président (41% contre 37%) mais aussi plus sincère (37% contre 30%). Une large majorité s’accorde à dire qu’elle a des convictions profondes (67%), quand seulement 49% pensent la même chose d’Emmanuel Macron.
  • En revanche, elle pâtit toujours d’un déficit de stature, notamment à l’international, aux yeux des Français.  Seulement 37% estiment qu’elle a l’étoffe d’un.e Président.e (ils étaient 36% à le penser en 2017, signe qu’elle n’a pas progressé en 5 ans sur cette dimension). Et seulement 30% estiment qu’elle est crédible sur la scène internationale. Il s’agit des éléments sur lesquels Emmanuel Macron est au contraire jugé le plus favorablement (respectivement 58% et 61%).
  • Les deux candidats qui s’opposeront le 24 avril prochain ont donc une image presque diamétralement opposée dans l’opinion. A l’un, la stature et l’envergure internationale ; à l’autre la proximité et le « parler vrai ».  Une image différente qui parle à des électorats différents. L’électorat de Jean-Luc Mélenchon au 1er tour étant plus composite (il a par exemple su toucher autant d’ouvriers que de cadres), on comprend les divisions qui sont les siennes aujourd’hui.

marine le pen : plafond de verre et inquiétude

  • Si Marine Le Pen a considérablement « lissé » son image au fil des ans, elle se heurte toutefois toujours à une forme de « plafond de verre ». Elle peine ainsi à apparaître comme rassurante (32% seulement). Quand on évoque l’hypothèse de son élection, une majorité de Français exprime ainsi son inquiétude (56%), quand seulement 28% se disent confiants et 16% indifférents. La semaine dernière, seuls 49% des Français faisaient part de leur inquiétude et 33% de leur confiance.
  • Maintenant qu’elle est qualifiée et que la campagne s’intéresse davantage à son programme et ses positions, elle semble ainsi réactiver dans l’opinion une forme d’inquiétude qu’elle était davantage parvenue à tempérer à l’aube du 1er tour.
  • Cela conduira-t-il à mobiliser les Français ? Alors qu’en 2017, la participation avait nettement diminué entre le 1er et le second tour (de 77,8% à 74,6%), cela ne semble pas être le cas, pour le moment du moins. La participation moyenne que nous mesurons actuellement est de 73%, soit un niveau très proche de celle du 1er tour (73,7%). Une partie des Français juge peut-être que la qualification de Marine Le Pen, dans un contexte qui lui est beaucoup plus favorable qu’en 2017, justifie de se mobiliser. Cependant, dans le même temps, certains électeurs de gauche, et notamment de Jean-Luc Mélenchon peuvent exprimer une forme de lassitude à cette idée de « voter contre ». C’est d’ailleurs ce que nous disent 34% des électeurs du leader de la France insoumise qui envisagent de s’abstenir.

déterminants du vote : domination des thématiques sociales

  • La différence d’image entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen pourrait profiter à cette dernière dans la campagne d’entre deux tours, dans la mesure où le pouvoir d’achat reste le principal sujet dont les Français tiendront compte dans leur choix de vote (72%), quasiment au même niveau que la santé (71%), devant la question des retraites (62%) et la situation économique de la France (62%). Des sujets sur lesquels la candidate du Rassemblement national insiste, dans la lignée de sa campagne de premier tour, et peut marquer des points face au président sortant en jouant sur sa posture de proximité. Rappelons en effet que le pouvoir d’achat a constitué l’un des principaux points d’attention de ses électeurs au 1er tour.
Thématiques sociales - déterminants du vote - Présidentielle 2022 - BVA RTL Orange - 15 avril 2022
  • La crise ukrainienne (31%) et l’Europe (31%) ne sont pas des déterminants forts du vote pour les Français. Ils arrivent ainsi en dernière position de notre hiérarchie et progressent à peine – même si ce sont des sujets bien plus importants pour les électeurs potentiels d’Emmanuel Macron au second tour (respectivement 39% et 42%). Si Emmanuel Macron peut consolider son socle électoral en insistant sur ces thématiques, il aura plus de mal à l’élargir en s’y limitant.

campagne et débat Tv décisifs

  • Les 10 jours de campagne vont sans doute s’avérer décisifs, tout comme le débat télévisé opposant les deux candidats, que près deux tiers des Français ont l’intention de suivre (64%). En 2017, ce dernier avait considérablement nui à Marine Le Pen, qui avait vu les intentions de vote en sa faveur nettement diminuer dans la foulée. Elle ne peut aujourd’hui que faire mieux, et l’effet pourrait être inverse.
  • Il sera donc intéressant de voir comment les intentions de vote vont se cristallier, dans un contexte où les Français restent moyennement intéressés par l’élection (73% le sont mais ils étaient 78% en 2017) et n’expriment guère d’enthousiasme pour l’un ou l’autre candidat : seuls 38% souhaitent la victoire d’Emmanuel Macron, 33% celle de Marine Le Pen.
  • Quelle que soit la personne qui sera élue le 24 avril prochain, son premier défi sera de tenter de réunir un pays profondément divisé et n’ayant guère exprimé un vote de conviction. 
CHRISTELLE CRAPLET
CHRISTELLE CRAPLET

Directrice de projet Présidentielle 2022

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