INTENTIONS DE VOTE vague 11 – 25/03/2022

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Election Présidentielle 2022

Nous voici quasiment à deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle. L’intérêt pour le scrutin semble frémir à nouveau, même si les propositions des candidats « impriment » peu dans l’opinion. Des frémissements, on en observe aussi dans les intentions de vote : si Emmanuel Macron reste largement en tête, il repasse sous la barre des 30%, tandis que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon voient leur dynamique se confirmer. Tels sont les principaux résultats de notre 11ème vague d’enquêtes pré-électorales en partenariat avec Orange et RTL.

Plus de 4 électeurs sur 10 incapables de citer une proposition d’un candidat, quel qu’il soit

  • Lorsqu’on leur demande s’ils peuvent citer quelques mesures ou propositions de candidats dont ils ont entendu parler dans cette campagne électorale, 43% des Français inscrits sur les listes électorales ne sont pas capables d’en restituer la moindre. Le niveau de connaissance varie selon des variables sociodémographiques assez classiques.
  • Les catégories traditionnellement les moins informées sont celles qui témoignent de la plus forte méconnaissance des programmes. Ainsi par exemple, 58% des jeunes de 18-24 ans ne citent aucune mesure (vs 33% « seulement » des 65 ans et plus) ou encore 55% des CSP- (vs 32% des CSP+). Ce sont aussi les catégories qui votent le moins. En termes de sensibilité politique, en revanche, seuls les électeurs qui ne se sentent proches d’aucun parti témoignent d’une grande méconnaissance des programmes (59%), à l’exception notable des sympathisants du RN qui sont 45% à ne restituer aucune mesure.

méconnaissance des propositions : manque d’information

  • Cette relative méconnaissance des propositions et mesures tient, selon les sondés, en partie à un manque d’information. Plus de 4 Français inscrits sur les listes électorales sur 10 disent se sentir mal informés sur les programmes et les propositions des candidats à l’élection présidentielle (42%). Les différences entre catégories sociodémographiques sont gommées ou du moins atténuées sur cette question. Par exemple, si 47% des personnes appartenant à une CSP- se sentent mal informées, c’est aussi le cas de 41% des CSP+. Les différences entre classes d’âge sont aussi moins marquées. Le sentiment de manque d’information est ainsi exprimé par 43% des moins de 35 ans, 45% des 35-64 ans, mais 36% seulement des 65 ans et plus.
Information sur propositions des candidats - présidentielle 2022 - BVA RTL Orange
  • Cette méconnaissance reflète aussi l’intérêt limité que les Français portent à cette élection, même si celui-ci semble frémir à deux semaines du premier tour. 74% des Français déclarent s’y intéresser (+5 en une semaine). L’intention de participation progresse elle aussi, dans des proportions similaires (75%, + 4), même si elle demeure inférieure à ce que nous mesurions à la même période en 2017. Il est assez troublant de voir que ces indicateurs oscillent d’une vague à l’autre, comme si les électeurs hésitaient (pour certains), pas seulement quant à leur choix de vote, mais quant à leur décision d’aller voter ou non.
Intérêt pour élection présidentielle 2022 - BVA RTL Orange - 25 mars 2022

quelques propositions émergent toutefois

  • Les Français ont du mal à restituer spontanément les mesures ou propositions des candidats. Mais certaines émergent de façon floue (redevance, retraite à 65 ans, SMIC, nucléaire, immigration). Certaines sont assez bien identifiées lorsqu’on les leur soumet.  Ainsi, trois propositions sont connues de plus des trois quarts des Français inscrits sur les listes électorales. Le conditionnement du RSA à une activité ou une formation de 15 à 20 heures par semaine (79% des inscrits connaissent cette mesure), l’augmentation du SMIC à 1400€ net (77%) et l’interdiction de la chasse le week-end et durant les vacances scolaires (75%).  
  • Six autres mesures sont identifiées par au moins un inscrit sur les listes électorales sur deux. L’interdiction du port du voile ou de la kippa dans l’espace public (63%), l’augmentation du salaire des enseignants en contrepartie d’autres missions (62%), l’instauration de la préférence nationale pour l’accès au logement social ou à l’emploi (53%), l’instauration des quotas d’immigration par métier et par pays (52%), l’instauration d’une VIème République (52% aussi) et l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans (50%). Les autres mesures testées sont connues par moins d’un électeur sur deux.

propositions mieux connues dans les électorats

  • Dans la plupart des cas, les mesures sont mieux connues des électorats du candidat dont elles émanent. Ainsi, l’augmentation du SMIC à 1400 € net est connue de 93% des sympathisants de LFI (16 points de plus que la moyenne), l’interdiction de la chasse le week-end et durant les vacances scolaires de 84% des sympathisants EELV (9 points de plus que la moyenne) ou encore, l’interdiction du port du voile ou de la kippa dans l’espace public de 87% des sympathisants de Reconquête ! (24 points de plus que la moyenne).
  • Elles ne sont en revanche pas toujours particulièrement identifiées des catégories auxquelles elles s’adressent, lorsqu’elles sont ciblées. Ainsi, le conditionnement du RSA à une activité ou une formation de 15 à 20 heures par semaine n’est pas mieux identifié par les plus précaires (revenus les plus faibles) et l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans n’est pas non plus mieux connue des moins de 25 ans.

augmentation du SMIC à 1400€ net : mesure qui suscite la plus forte adhésion

  • Près de 8 électeurs sur 10 se déclarent plutôt favorables à la mesure proposée par Jean-Luc Mélenchon (79%). Elle apparaît comme un écho de la forte préoccupation générée par le pouvoir d’achat, principal déterminant du vote, quasiment à égalité avec la santé. Ce qui est frappant, c’est que cette mesure est majoritairement soutenue par toutes les catégories de population, y compris en termes de sensibilité politique. Néanmoins, les électeurs de gauche l’approuvent davantage : 92% des sympathisants de gauche, toutes tendances confondues, contre 69% des sympathisants LREM, 65% des sympathisant de droite ou encore 76% des sympathisants RN.
  • Le podium des mesures les plus populaires est complété par le conditionnement du RSA à une activité ou une formation de 15 à 20 heures par semaine (74% des inscrits y sont plutôt favorables) et par la limitation de l’écart entre la rémunération la plus basse et la plus haute dans les entreprises à 1 pour 20, proposée par Anne Hidalgo (72% l’approuvent). Il s’agit de mesures un peu plus clivantes politiquement.
  • L’interdiction du port du voile ou de la kippa dans l’espace public est approuvée par 67% des Français et l’instauration de la préférence nationale pour l’accès au logement social ou à l’emploi par 59%. Cette dernière est particulièrement soutenue par l’électorat RN. En revanche, l’interdiction du port du voile ou de la kippa rencontre un écho favorable dans de nombreuses catégories.
  • Les deux mesures les moins consensuelles, pour ne pas dire rejetées, sont la prime de 10 000 € pour toute naissance dans une commune rurale, à laquelle 75% des inscrits sont défavorables (y compris les habitants des communes rurales eux-mêmes : 74%) ainsi que l’interdiction de la vente de véhicules neufs avec un carburant fossile (essence, diesel, hybride) à partir de 2030. 71% des inscrits y sont défavorables. Ce rejet traverse toutes les catégories socio-professionnelles. Seuls les sympathisants EELV y sont majoritairement favorables (60%). L’enjeu écologique reste, décidément, bien moins prioritaire qu’il n’y paraît.

Emmanuel Macron toujours en tête des intentions de vote, mais en légère baisse

  • Dans ce contexte, Emmanuel Macron reste largement en tête des intentions de vote de premier tour. Il est crédité de 28% des voix, toujours loin devant ses concurrents, mais un score toutefois en baisse de 2 points en une semaine. Cette baisse n’est pas très surprenante dès lors que le candidat a présenté son programme et qu’il peut, notamment, faire l’objet d’attaques plus ciblées de ses concurrents. Il est d’ailleurs intéressant de constater que le sujet des retraites se hisse à la 3ème place de notre classement des sujets qui impacteront le plus le vote des électeurs. Il comptera beaucoup pour 64% des électeurs, un score en hausse de 6 points en une semaine, alors que le candidat a proposé de repousser l’âge légal à 65 ans. Le socle électoral d’Emmanuel Macron reste le plus solide : 82% de ses électeurs potentiels se disent sûrs de leur choix (-3).
  • Il reperd un peu de terrain chez ses électeurs de 2017. 75% revoteraient pour lui, un niveau un peu plus faible que la semaine dernière (-3). Il est en baisse aussi chez les électeurs de Benoît Hamon. Il semblerait qu’un léger mouvement de bascule vers la gauche se soit opéré depuis la présentation de son programme. L’ensemble des candidats de la gauche réalise un score cumulé de 27,5% contre 25,5% la semaine dernière.
Intentions de vote Présidentielle 2022 - 25 mars 2022 - BVA RTL Orange

Marine Le Pen confirme sa dynamique

  • Avec 19% des intentions de vote (+1 par rapport à la semaine dernière, +3 depuis début mars), Marine Le Pen poursuit sa dynamique. Elle apparaît clairement aujourd’hui comme la candidate la plus en mesure de figurer au second tour, face à Emmanuel Macron. Dans ce cas de figure, le résultat serait d’ailleurs bien plus serré qu’en 2017 : 56% pour Emmanuel Macron, contre 44% pour Marine Le Pen, soit 10 points de plus pour elle et 10 points de moins pour lui.
  • Pour le premier tour, la candidate du Rassemblement national bénéficie toujours d’un socle électoral solide. 74% de ses électeurs potentiels se disent ainsi sûrs de leur choix.

Jean-luc melenchon poursuit sa progression

  • Crédité de 14,5% des intentions de vote, il gagne 1,5 point en une semaine. Sa hausse est continue depuis début février et il a progressé de 5,5 points en l’espace de moins de deux mois.
  • Son socle électoral se solidifie : il parvient à mobiliser 69% de ses électeurs de 2017 et 74% de ses électeurs potentiels se disent sûrs de leur choix, au même niveau que Marine Le Pen. Il progresse de façon générale chez les sympathisants de gauche, toutes tendances confondues (passant de 40 à 43% d’intentions de vote), en particulier chez les sympathisants PC et EELV. La musique sur « le vote utile à gauche » semble commencer à se faire entendre.

Jean-Luc mélenchon au second tour ?

  • Il faudrait pour cela que parallèlement, Marine Le Pen soit en perte de vitesse. Quand on regarde le potentiel électoral des deux candidats, la comparaison n’est pour l’heure pas à l’avantage du candidat de la France Insoumise. Son potentiel bas (si tous les électeurs qui aujourd’hui, donnent une intention de vote en sa faveur mais ne sont pas sûrs de leur choix, décidaient finalement de ne pas voter pour lui) se situe à 11,5% contre 15% pour Marine Le Pen (soit davantage que le score actuel de Jean-Luc Mélenchon). A contrario, son potentiel haut (s’il convainc tous les indécis qui envisagent un vote pour lui) est de 19% et celui de Marine Le Pen de 24%.
  • Evidemment, le résultat final se situera quelque part entre ce potentiel bas et haut pour chacun d’eux. Si Jean-Luc Mélenchon parvenait à mobiliser autour notamment de l’idée du vote utile et que dans le même temps, Marine Le Pen venait à reculer, alors leurs courbes pourraient se croiser, dans cet entre-deux entre 15% (potentiel bas de Marine Le Pen) et 19% (potentiel haut de Jean-Luc Mélenchon). Ce n’est pas le plus probable aujourd’hui.

Eric Zemmour (11%, -2) et Valérie Pécresse (10,5%, +0,5) distancés

  • Eric Zemmour enregistre une baisse et se rapproche de la barre symbolique des 10% : il est crédité de 11% des intentions de vote, en recul de 2 points par rapport à la semaine dernière. Même s’il peut toujours compter sur un noyau dur de soutiens, ses électeurs semblent commencer à douter : 70% de ses électeurs potentiels se déclarent sûrs de leur choix, un score en baisse de 5 points.
  • Valérie Pécresse stagne après sa baisse significative la semaine dernière. Elle est créditée de 10,5% des suffrages (+0,5 point). Son socle électoral reste moins solide que celui de ses principaux concurrents même s’il semble se raffermir. 64% de ses électeurs potentiels se disent sûrs de leur choix (+6 points). Elle a toujours beaucoup de mal à reconstituer l’électorat de droite classique qui avait voté pour François Fillon en 2017. 39% seulement d’entre eux ont l’intention de voter pour elle, 26% ayant l’intention de voter pour Emmanuel Macron (-4), 22% pour Eric Zemmour (-3) et 7% pour Marine Le Pen (+4). Seul un sympathisant Les Républicains sur deux compte voter pour elle (52%).
  • Les autres candidats sont crédités de 6% des intentions de vote tout au plus : 6% pour Yannick Jadot (+0,5), 3% pour Fabien Roussel (-0,5), 2,5% pour Jean Lassalle (+1), 2% pour Anne Hidalgo (-0,5). Nicolas Dupont-Aignan fait jeu égal avec Philippe Poutou (1,5%) et Nathalie Arthaud est créditée de 0,5% des suffrages.
Indice de volatilité - mars 2022 - Présidentielle 2022 - BVA RTL Orange

Rappelons pour terminer ce chiffre : 39% des personnes certaines d’aller voter n’expriment ainsi pas d’intention de vote ou indiquent pouvoir encore changer d’avis. Il reste deux semaines de campagne dont on a le sentiment qu’elles pourraient « compter double », tant la campagne a eu du mal à démarrer. Tout laisse à penser que c’est dans cette dernière ligne droite que les choix vont se cristalliser.

A très vite pour notre prochaine vague d’intentions de vote !

ADÉLAÏDE ZULFIKARPASIC
ADÉLAÏDE ZULFIKARPASIC

Directrice BVA Opinion

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