Non-inscrits et abstentionnistes : cartographie d’un continent peu exploré

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A 5 mois de l’échéance présidentielle, l’intention de participer à l’élection est similaire à celle que nous mesurions il y un mois (en octobre). 70% des électeurs interrogés déclarent à ce jour une intention certaine d’aller voter au premier tour de l’élection présidentielle. Ils étaient 73% à la même période il y a cinq ans (pour une participation finale réelle de 77,8%). L’intention de participer au scrutin présidentiel est donc à ce stade en léger retrait par rapport à il y a 5 ans.

Le risque d’une progression de l’abstention, même s’il demeure contenu, n’est donc pas totalement neutre. A tout le moins, une érosion progressive de la participation n’est pas à exclure.

Avec Orange et RTL, nous avons souhaité essayer d’en comprendre les raisons, en cartographiant deux catégories peu explorées : les « non-inscrits » (sur les listes électorales) et les abstentionnistes potentiels.

Les non-inscrits difficiles à faire revenir vers les urnes

D’après une étude publiée par l’INSEE en février 2020, sur le territoire national, 94 % des Français en âge de voter sont inscrits sur une liste – un chiffre très proche en déclaratif dans notre sondage : 91%. Ces 9% de non-inscrits représentent en volume plus de 4,5 millions de Français qui ne sont pas ou ne pensent pas être inscrits sur les listes électorales. D’après notre sondage, 50% de ces non-inscrits ont moins de 35 ans.

Parmi les « non-inscrits » interrogés, ils sont un peu plus d’un sur deux (51%) à déclarer avoir l’intention de s’inscrire sur les listes électorales afin de pouvoir voter à la prochaine élection présidentielle. Dont moins d’un quart (22%) « certainement ». On peut supposer que ce dernier chiffre est plus proche de la réalité. Autrement dit : dans leur majorité, ces « non-inscrits », qui expriment surtout un manque d’intérêt pour la politique (première raison citée, par 27% d’entre eux) sont difficiles à ramener vers les urnes.

Non-inscrits : profil

L’abstention : expression d’un désenchantement plus que d’un mécontentement

Les abstentionnistes potentiels sont 30%, selon notre sondage. Parmi eux, une proportion importante de moins de 35 ans, de CSP- et de personnes qui ne se sentent proches d’aucun parti politique.

Abstention et abstentionnistes : profil - BVA - presidentielle 2022
  • Première raison évoquée, par un abstentionniste sur deux (50%) : le fait « qu’ils n’attendent pas grand-chose de cette élection, que cela ne changera rien à leur quotidien ». Une raison qui progresse avec l’âge des personnes interrogées, comme si l’expérience de la vie rendait certaines catégories de la population de plus en plus désabusées.
  • Deuxième raison évoquée, par 39% des abstentionnistes potentiels : « le fait qu’aucun candidat ne représente leurs idées ».
  • Troisième raison citée : « l’impression que leur vote ne compte pas » (34%) devant celle que « les jeux sont faits » (30%).
  • Le manque d’intérêt pour la politique n’arrive qu’en cinquième position (28%), la volonté d’exprimer un mécontentement (23%) en septième, après la volonté d’attendre de voir les propositions des candidats (27%).

Désenchantement, désillusion, sentiment de ne pas être représenté sont donc des raisons qui prévalent sur la colère. L’abstention comme marque forte d’un engagement ou d’une expression a du reste toujours été minoritaire. Ce sont ces mêmes raisons que confirme l’analyse des verbatim de notre question ouverte : sentiment d’inutilité et manque de confiance envers les politiques, autour de l’idée qu’ils ne tiennent jamais leurs promesses. Les motifs strictement logistiques comme le fait ne pas avoir le temps de voter ou de travailler le dimanche ne sont cités que par 8% des abstentionnistes potentiels.

Abstention et abstentionnistes - motivations - BVA - élection présidentielle 2022

Lutter contre l’abstention : quels leviers activer ?

C’est sans doute pourquoi les leviers pour lutter contre l’abstention de nature organisationnelle, réglementaire ou logistique sont perçus comme relativement peu efficaces. Aucun des moyens soumis à notre échantillon n’est perçu comme un moyen « très efficace » de lutter contre l’abstention. La reconnaissance du vote blanc est jugée « très efficace » par 40% des sondés (efficace néanmoins par 76%), la possibilité de voter à distance « très efficace » par 35% (efficace par 76% également), l’instauration du vote obligatoire « très efficace » par 32% (efficace par 60%). La généralisation du vote électronique et la possibilité de voter depuis son lieu de travail sont jugés « très efficaces » par moins d’un répondant sur quatre (respectivement 23% et 24%).

« Lutter contre l’érosion de la participation électorale suppose donc une action plus profonde (surtout lorsque l’on sait que 55% des abstentionnistes ne se sentent pas coupables de ne pas voter), pour restaurer le lien de confiance entre élus et citoyens. Et rétablir le sentiment d’utilité de la politique, au niveau collectif mais aussi pour chacun. Pas sûre que cette campagne en prenne la voie… »

Adélaïde ZULFIKARPASIC
ADÉLAÏDE ZULFIKARPASIC
ADÉLAÏDE ZULFIKARPASIC

Directrice BVA Opinion

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